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Comme il repasse à côté du grand saule, l’homme est perplexe. Il repense à cette conversation qu’il a eue avec son frère, il y a quelques semaines.
- Je ne sais pas quoi offrir à Lysie pour Noël cette année. Elle m’inquiète, depuis le départ de sa maman, il n’y a pas grand-chose qui la fasse sourire.
- Tu sais, je l’ai vue dimanche avec les chevaux quand nous sommes allés au club avec ses cousins, elle semblait ne plus vouloir repartir ! Pourquoi tu ne lui offrirais pas un poney ?
- Je n’y connais rien et qu’est-ce que je ferais d’un animal comme ça ? Je n’ai pas le temps de m’en occuper et elle est encore trop jeune pour ça, un poney, ce n’est quand même pas comme un chat ou un chien…
- On peut trouver un centre équestre qui s’en occupe et où elle pourra aller le monter le week-end. Et dans un an ou deux, elle pourra s’en occuper elle-même. J’ai un ami éleveur, si tu veux, je peux lui demander un conseil pour trouver un beau poney ?
- Oui, si tu veux, le prix, ça m’est égal ; mais il faut surtout trouver un endroit où il sera pris en charge et où Lysie pourra apprendre à le monter.
Ensuite, tout est allé très vite, son frère l’a appelé un après-midi en lui demandant s’il pouvait venir voir un « jeune magnifique poney qui serait parfait pour Lysie… ». Et c’est vrai qu’il l’a immédiatement trouvé superbe. Âgé de trois ans et demi, Sommeil Noir vivait dans les Pyrénées Orientales. Lorsqu’ils étaient allés le voir, il était dans un immense pré, avec de l’herbe à perte de vue, au milieu d’un groupe de chevaux, tous plus grands que lui. Tout le troupeau s’est approché à la suite de l’un d’eux lorsque l’éleveur, arrivé à la barrière, a appelé : « Sweety » ! Le seul qui soit resté à la traîne, ce fut le poney.
Lorsqu’ils tentèrent de s’approcher de lui, celui-ci détala à toutes jambes, la queue en panache, comme un fier étalon ! L’éleveur expliqua :
- C’est un poney de race Pottok, il est né chez des voisins, mais sa mère est morte en le mettant au monde. Une de mes juments l’a adopté et nous l’avons gardé. Mon fils l’a débourré en septembre ; pendant un moment il avait pensé le garder pour sa fille qui a douze ans, mais la gamine a peur des chevaux… Du coup, on s’en sépare ; on n’a pas voulu le vendre à un centre équestre, je préfère qu’il soit chez un propriétaire. Il ira parfaitement pour votre jeune demoiselle. Il a été castré il y a deux mois, c’est pour cela qu’il frime encore un peu comme un entier, mais il est gentil comme tout, vous n’aurez pas de soucis avec lui.
Pas de soucis… c’est exactement ce dont il est maintenant de moins en moins sûr. Il avait acheté le poney, séduit par sa beauté et convaincu qu’il plairait beaucoup à sa fille. Sur le pré, l’éleveur avait finalement attrapé Sommeil Noir, lui avait passé un licol et l’avait amené gentiment auprès de ses visiteurs. L’animal avait semblé parfaitement calme avec lui. Mais lorsque le père de Lysie s’était approché pour le caresser, le poney avait clairement manifesté son refus.
- C’est normal, il ne vous connaît pas ; vous verrez, il s’habituera vite. Il est très gentil. A sa naissance, il avait même le regard si tranquille avec ses longs cils posés sur ses grands yeux noirs, que nous l’avons baptisé Sommeil Noir !
Pourtant, aujourd’hui, le père de Lysie est un peu inquiet. Mais après tout, ce n’est pas avec lui que cela doit bien se passer ! Lui, les chevaux l’ont toujours laissé indifférent et étrangement, on dirait que le poney le sait… c’est avec sa fille qu’il faut que ça aille bien, et elle, les chevaux, elle en dessine partout sur ses cahiers !
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:
24 février 2006
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